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architecture hongrie budapest
Court intérieure traditionnelle Budapest - HONGRIE 2025

VIVONS HEUREUX VIVONS CACHES..

Quand on se promène dans les rues de Budapest, surtout dans les arrondissements V, VI, VII, VIII et IX, on erre dans le cœur sacré de la ville, on voit surtout des façades austro-hongroises assez monumentales. Mais la vraie ville ne se trouve pas sur la rue. Elle se trouve derrière les portes cochères. Durant environ 48h et pas plus, j'ai arpenté les quartiers m'amusant à deviner ce qui pouvait être intéressant à visiter en fonction des façades... certains immeubles parfois ouverts étaient accessibles, mais le jeu, pour la majorité, résidait à attendre qu'une personne sorte pour pouvoir se faufiler et découvrir, comme quand on déballe une surprise, quelle cours m'attendait à l'intérieur. Chaque immeuble historique appelé bérház ( maison à louer) s’organise autour de ces cours intérieures. Ce n’est pas un détail esthétique : c’est le principe fondamental de l’habitat urbain à Budapest entre 1850 et 1914. L'explosion démographique due au Compromis austro-hongrois de 1867 fait passer la ville en quelques décennies, d’une cité provinciale à une métropole européenne. Les cours intérieures

répondent à trois contraintes que sont le fait de densifier la ville rapidement,loger plusieurs classes sociales dans un même bâtiment et amener de la lumière dans des îlots urbains extrêmement compacts. Le modèle vient en grande partie de Vienne, elle-même héritière des palais italiens de la Renaissance (palazzo), mais il est adapté à une ville beaucoup plus dense. Contrairement à Paris, Budapest n’a pas d’immeuble haussmannien homogène: un seul immeuble peut contenir plusieurs dizaines de logements. Cette société verticale révèle aussi dans les cours une hiérarchie sociale, le Rez-de-chaussée côté rue sont souvent des commerces, cafés, ateliers, parfois écuries autrefois, le 1er étage (l’étage noble) présente de grands appartements bourgeois avec plafonds de 4 m, parquet, stucs ... les étages supérieurs sont des logements plus modestes et pour finir l'aile sur cour et le fond de parcelle pour les ouvriers, domestiques, petits ateliers. La cour n’était pas décorative : c’était une machine sociale. On y lavait le linge, les enfants y jouaient, les artisans travaillaient, les voisins observaient les voisins. Budapest a longtemps été une ville de vie collective plutôt que privée. Les influences architecturales sont d'un mélange très caractéristiques:

  • Renaissance italienne (organisation en quadrilatère),

  • baroque viennois,

  • éclectisme du XIXe siècle,

  • puis Sécession hongroise (Art nouveau national) avec Zsolnay, céramiques colorées, ferronneries végétales.

La particularité budapestoise : la cour est souvent très profonde et verticale. Les façades sur cour sont presque aussi travaillées que celles sur rue, signe que les habitants passaient plus de temps là que sur les trottoirs.




La Verticalité des Cours intérieures

Ce qui impressionne dans les cours intérieures de Budapest, c’est leur hauteur vertigineuse. Souvent étroites mais entourées de quatre ou cinq étages de galeries superposées, elles donnent l’impression d’un véritable puits de lumière urbain. Moi qui aime prendre des photos en "bottom" (orthogonal), j'ai pu ici m'amuser à cet exercice et ainsi rendre un peu cette impression de hauteur ainsi que les matériaux utilisés.

Cette verticalité répond d’abord à un besoin de densité : à la fin du XIXᵉ siècle, la ville grandit rapidement et l’on construit en profondeur sur des parcelles longues et étroites. Monter permet de loger plus d’habitants sans étendre la ville. Elle a aussi une fonction pratique : la cour agit comme une cheminée naturelle, favorisant la lumière et la circulation de l’air.

Enfin, cette hauteur crée un effet théâtral. Les galeries, escaliers et ascenseurs visibles mettent en scène la vie quotidienne. Les voix résonnent, les regards se croisent d’un étage à l’autre.

À Budapest, la cour n’est pas seulement un espace intérieur : c’est un vide vertical qui structure toute la sociabilité de l’immeuble.





Les ascenseurs : symbole révolutionnaire de modernité et de statut

Budapest est une ville étonnamment précoce pour les ascenseurs. Entre 1890 et 1910, installer un ascenseur devient un argument immobilier majeur. La ville veut rivaliser avec Vienne, Berlin et Paris. Mais l’ascenseur n’est pas seulement technique : il marque la position sociale dans l’immeuble. L ’étage noble … est pourtant sans ascenseur ... au départ, les ascenseurs n’allaient pas toujours au premier étage. Pourquoi ? Parce que la bourgeoisie considérait que monter un seul étage par un escalier monumental faisait partie du rituel. L’effort physique faisait office de filtre social. Les ascenseurs desservaient surtout concerner les étages élevés, les appartements loués et parfois les domestiques. Les ascenseurs anciens à cage ouverte sont un un des éléments les plus typiques de Budapest, parfois les cabines sont encore en bois et surtout les structures en ferronnerie apparente. On parle souvent d’ascenseurs « de théâtre ». Ils sont inspirés des technologies allemandes et autrichiennes, mais leur esthétique vient de la Sécession (Art nouveau centre-européen). Ils sont volontairement visibles dans la cage d’escalier : la modernité devait se montrer. Ils apparaissent au moment où l’électricité se généralise dans la ville (Budapest est l’une des premières villes d’Europe électrifiées). J'aime beaucoup comment s'enroulent les escaliers autour de ces ascenseurs, une courbe autour d'un axes droit et métallique ou carrelages, couleurs et parfois végétation ornent ces aménagements. La fonction sociale de l'ascenseur transforme la hiérarchie, avant lui, plus on montait haut, plus on était pauvre (comme à Paris au XIXe). Après lui, les étages élevés deviennent attractifs : plus lumineux, moins bruyants, plus sains. Budapest fait donc partie des villes où la modernité technique modifie directement l’organisation sociale de l’habitat.




Les escaliers : théâtre de la vie quotidienne

Si la cour est le cœur, l’escalier est la scène. Ceux qui connaissent mon travail savent que je suis un addict aux escaliers dans les photos de ruines , tant pour le rendu esthétique que tout ce qu'ils racontent d'un point de vue de l'histoire des lieux et également les images sociales qu'ils révèlent. Ici, les escaliers comme les édifices nous racontent tout de l'histoire de la ville, ses influences, ses époques et ses multiples fonctions. Dans les immeubles budapestois, la cage d’escalier n’est pas un espace utilitaire. C’est un espace architectural majeur. Les escaliers sont souvent monumentaux parce que l’immeuble de rapport austro-hongrois est une version démocratisée du palais aristocratique. On retrouve des escaliers à double révolution, des paliers ouverts, des galeries circulantes (gangos ház). Ces galeries extérieures, qui donnent sur la cour, sont typiques de Budapest. Elles permettent d’accéder aux appartements et servent aussi de balcon collectif. Les influences sont aussi diverses : palais viennois baroques, immeubles berlinois (Mietskaserne) et patios méditerranéens. Mais Budapest ajoute une dimension climatique : les galeries ouvertes permettent de ventiler les appartements durant les étés chauds du bassin des Carpates.

L'escalier est comme la cours un lieu social, avant l’ère des interphones et des portes blindées, l’escalier était un lieu de rencontre permanent ou les voisins discutent mais aussi surveillent, échangent de la nourriture, s'entre-aident, préviennent et annoncent. On peut dire que la sociabilité de Budapest s’est construite verticalement. Aujourd’hui encore, beaucoup d’habitants passent plus de temps à discuter sur le palier que dans un salon. C’est une architecture conçue pour voir et être vu.



Pour résumer, les immeubles historiques de Budapest ne sont pas seulement un style architectural. Ils constituent un système urbain complet hérité de l’Empire austro-hongrois : une ville dense, collective et hiérarchisée, mais étonnamment moderne pour son époque.

  • La cour : organise la vie commune.

  • L’ascenseur : introduit la modernité sociale.

  • L’escalier : maintient le lien humain.

Comprendre ces bâtiments, les photographier , c’est comprendre Budapest elle-même, c'est la visiter autrement , c'est une ville qui n’existe pas seulement dans ses avenues monumentales, mais dans ses espaces partagés, cachés derrière de lourdes portes cochères, ce qui est aujourd'hui mon mailleur souvenir de cette ville ou j'ai joué à cache cache avec les architectures cachées d'un quartier à l'autre...




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MANU


 
 
 

Dernière mise à jour : 24 oct. 2025


scène et salle dabl BALLHAUS à l'abandon
Ballhaus abandonné - Scène et salle de danse ALLEMAGNE

Littéralement "Maisons de Bal", les "Ballhäuser" ont joué un rôle social et culturel majeur en Allemagne, en particulier à Berlin.


Aux origines, le phénomène des Ballhaus s'est développé principalement à partir de la fin du XIXe siècle et a connu son apogée pendant l'Empire allemand (jusqu'en 1918) et surtout durant la République de Weimar (les "années folles" de Berlin, les années 1920). Beaucoup de ces salles de bal étaient situées dans les arrière-cours des immeubles, notamment à Berlin, ce qui leur donnait un aspect plus discret et populaire. Elles étaient souvent richement décorées de stucs ou possédaient de grandes salles des miroirs. Les Ballhäuser avaient plusieurs fonctions essentielles dans la vie sociale, le rôle premier était le lieu de danse populaire, toutes les classes sociales étaient acceptées, mais pas jusqu'à l'aristocratie ... On y pratiquait des danses de couple populaires : valses, polkas, tangos, fox-trots, charleston et, plus tard, le swing. Espace de Rencontre Sociale, ils servaient de lieu de rencontre central, souvent moins formel que les théâtres ou les clubs huppés. C'était un lieu de socialisation, de flirt et de célébration, facilitant le mélange de différentes couches sociales. Ils intégraient de la restauration et des bars de thés dansants en après-midi, et de grandes salles de bal la nuit, animées par des orchestres de musique Schlager ou de jazz En tant que patrimoine et lieux Historiques, ils ont traversé les guerres et les régimes, conservant une patine d'époque et servant de témoins vivants de l'histoire allemande du XXe siècle.





Les Ballhäuser ont connu un déclin progressif , le régime nazi (1933-1945) a réprimé une grande partie de la culture libre et cosmopolite des années 1920 (en particulier le jazz et le swing), forçant certains lieux à fermer ou à restreindre leur programme.

Les bombardements de la Seconde Guerre mondiale ont également détruit de nombreux bâtiments historiques. L'arrivée du Rock'n'roll et de la musique disco à partir des années 1950 et 1960 a marginalisé la culture des bals de couple traditionnels. Les jeunes ont préféré les discothèques et autres formats. Dans les décennies suivantes, beaucoup de ces bâtiments, souvent délabrés (notamment à Berlin-Est, ex-RDA), ont été abandonnés ou fermés par manque de rentabilité ou de rénovation,  l'urbanisation et la gentrification les a remplacés.



" Je considère comme gaspillée toute journée où je n’ai pas dansé "


Friedrich Nietzsche



sal de balle abandonnée en Allemagne
Magnifique salle de Bal à l'abandon - Allemagne 2021




Le devenir actuel des Ballhäuser est marqué par une tendance à la préservation du patrimoine et, dans une certaine mesure, à la renaissance en tant que lieux hybrides, mélangeant tradition et modernité. Même si beaucoup ont disparu ou ont été convertis, ceux qui restent jouent un rôle culturel important.

Face à la difficulté de vivre uniquement du bal traditionnel, certains Ballhäuser ont été réinventés, ils se transforment en théâtres ou en salles de spectacle avec un accent sur une programmation nouvelle et politiquement engagée, beaucoup sont loués pour des fêtes privées, des mariages, des tournages de films ou des événements d'entreprise, car leur architecture historique et leur vaste espace en font des lieux prisés.

Il existe une petite "renaissance" des bals populaires, bien que cela ne se traduise pas par la réouverture massive d'ancien sites, le retour du Swing et du Tango et un regain d'intérêt pour les danses des années 1920 à 1950, notamment le Lindy Hop et le Tango Argentin, trouvent refuge dans ces lieux historiques.

On entre donc dans le concept de fête nostalgique, des événements thématiques (souvent appelés années 20 parties) recréent l'ambiance des "Années Folles", souvent dans ces cadres préservés, contribuant à maintenir l'activité de ces lieux.

En résumé, les Ballhäuser ont cessé d'être l'unique centre de la vie sociale nocturne, mais ils ont trouvé une nouvelle vocation en tant que lieux de mémoire, théâtres de la diversité culturelle et espaces événementiels, témoignant de l'histoire populaire allemande, et en particulier berlinoise.



Souvenirs de bal et époque révolue - Allemagne 2021
Souvenirs de bal et époque révolue - Allemagne 2021

 
 
 

Peintures de ruins dans une villa abandoné en Italie
Ruines de Palais en peintures - Villa Italie

"Tous les hommes ont un secret attrait pour les ruines. Ce sentiment tient à la fragilité de notre nature, à une conformité secrète entre ces monuments détruits et la rapidité de notre existence."

Cette citation de F.R Chateaubriand du 19eme siècle témoigne de l'attachement et de la fascination des ruines par l'Homme. Quelque soit le parallèle avec les aléas, la fragilité et l'inconnu d'une vie humaine, la ruine reste un totem de civilisation, comme un témoignage, un récit. Aussi inertes soient elles, elles n'ont jamais autant parlé, raconté, expliqué, et surtout inspirées...

En effet, dès le 17eme siècle, plusieurs peintres de renoms ont immortalisés des ruines dans leurs tableaux, leurs donnant à la fois un sens historique mais aussi artistique. DESIDERIO, PANINI, PIRANESE, PATEL ou encore HUBERT ROBERT mettent à l'honneur la ruine dans leurs compositions faisant référence à une forme de nostalgie et une magnificence de ces architectures déstructurées ... Sujet de peintures, la ruine et leurs représentations incarnent de ce fait une fonction dans la mémoire collective. Devenant un objet artistique, on passe de la ruine de terrain à la ruine d'atelier ou la peinture devient fantaisiste imaginant des architectures grandiloquentes abandonnées, surtout après le 17eme siècle. Les peintures de ruines finiront par témoigner de la vanité des civilisations, de leurs grandeurs et de leurs savoirs au delà du fait que les lieux n'ont pas eux la chance de rester dans leur éclat originel.



Colonnes et ruines d'un palais en peinture dans une villa abandonnée en Italie

Chaque fois que je découvre des peintures dans une villa ou un palais abandonné, je cherche le détail de ruines, et souvent elles apparaissent, jusqu'à ce qu'elles soient souvent le sujet principal. Découvrir des peintures de ruines dans des ruines donne un sentiment incroyable de répétition entre plusieurs siècles ou je deviens moi même le témoin de cette évolution, comme je le l'ai déjà écrit "Déclin de la beauté et beauté du déclin" vont de paire dans cette thématique presque fractale. Le plus étonnant dans la peinture de ruines , c'est de voir que dans l'histoire de l'art ceci à ne place majeur et une esthétique propre tel que je cherche à le reproduire en photographie, ce qui renforce le rôle de la photographie sur le témoignage artistique des architectures.


"La peinture de ruine est en apparence un contresens artistique, puisque elle met en évidence le caractère éphémère du travail humain et le triomphe final de la nature sur les prétentions des artistes à esthétiser le monde. Pourtant, la mise en scène des ruines est bel et bien devenue, essentiellement au XVIIIe siècle, un genre pictural en soi, dont on peut découvrir quelques représentants, en écho à l’exposition"

 


Comme le précise Koudelka, la peinture de ruines a fait sa place dans le monde de l'art, la redécouvrir dans des lieux eux mêmes en ruines a une saveur tout particulière que j'adore comtempler dans cetaines découvertes essentiellement faite en Italie. De la j'ai souhaité faire une série spécifique que vous pouvez retrouver sur mon site et je la nomme PIKTURA




 
 
 
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